Le dauphin libre – Lettre du 7 décembre 2017

Bonjour à toutes et tous,

Pour vous informer que le planning Sea Dolphin 2018 est désormais en ligne!
Vous le retrouverez directement en cliquant sur le bouton plus haut ou sur ce lien: http://sea-dolphin.fr/programme/programme-mer-rouge/

La quatorzième saison Sea Dolphin 2017 s’est achevée en beauté sur le lagon de Sataya, malgré le dernier récent attentat dans le Sinaï qui vient de frapper une nouvelle fois ce merveilleux peuple égyptien. Je leur adresse toute ma compassion. Pour tous ceux qui ont peur de venir en Egypte sachez qu’il est très improbable que nous soyons touchés par ces actes terribles dans ce lagon, étant très au sud de la mer rouge, loin de la côte et surtout loin des foyers islamistes identifiés à ce jour.

Pour tous ceux qui sont déjà venus, sachez que les petits dauphins de Sataya vont très bien et les dernières croisières du 28 octobre et 4 novembre ce sont super bien passées.
Je viens de publier les derniers témoignages de cette année sur mon site ici: http://sea-dolphin.fr/temoignages/ . Ils sont non seulement touchant mais soulignent bien le caractère exceptionnel et unique du lieu qui reste à ce jour un des plus beaux endroits au monde où l’on peut espérer nager et faire de l’apnée avec des dauphins sauvages. Je tiens d’ailleurs à remercier les auteurs de ces récits, qui ont donné de leur temps pour remercier et témoigner du cadeau précieux qu’ils se sont offert en choisissant de participer à une des aventures Sea Dolphin.
L’ expérience et la finesse du travail des encadrants et des intervenants de l’équipe Sea Dolphin contribuent aussi grandement à la qualité des rencontres. Je les remercie vivement pour leur magnifique contribution. Je souligne également que l’apnée delphinienne, variante de l’enseignement tarditionnel de l’apnée, permet d’affiner nos sens et nos ressentis. Elle nous aide à saisir progressivement et subtilement (en nous « delphinisant » un peu nous-même) la puissance des messages delphiniens.

Si ce magnifique lagon reste un lieu exceptionnel pour la rencontre avec les dauphins, comme je l’ai déjà signalé, il est saturé depuis environ 2011. Et je ne comprends pas que certains (essentiellement suisses, belges et français) continuent de créer de nouvelles organisations « dauphins », de surcroit avec de nouveaux bateaux, en sachant délibérément que cela impact la tranquillité des animaux et la qualité des rencontres. Je suis plus affecté encore lorsqu’il s’agit de passagers ou de guides qui ont découvert les combinés « croisière à thème et dauphins » avec Sea Dolphin avant de tenter de reproduire les mêmes concepts sur de nouveaux bateaux.

Sans en faire une histoire personnelle, objectivement : Choisir pour des raisons financières de ne pas solliciter les bateaux ou organisations existants depuis longtemps afin de réduire les nuisances sur les dauphins, témoigne d’une certaine inconscience. Ces nouvelles organisations font le bonheur des nouveaux armateurs qui n’attendent que « du nouveau client » sur leur bateau. Ce manque de conscience, ne serait-ce que par respect des dauphins, me laisse parfois pantois …
Un autre phénomène de nuisance plus néfaste encore : l’augmentation de bateaux journaliers bondés, qui ne donnent presque aucune indication sur le mode de vie des dauphins ni comment se comporter respectueusement avec eux. J’observe une recrudescence annuelle constante de ces formules courtes qui ne laissent le temps ni aux organisateurs ni aux passagers de faire un bon travail de rencontre avec les dauphins.

Il est fort probable que Sataya ne puisse encaisser encore longtemps cette affluence anarchique sans l’instauration d’une législation. Quelle solution?
Pourquoi ne pas faire de ce lagon une réserve ? Dans l’absolu, il y aurait un magnifique projet d’éco-tourisme delphinien à mettre en place ici, ainsi qu’un centre de recherche scientifique unique dont l’Egypte pourrait être fière.

Malheureusement, j’ai des craintes sur l’élaboration d’un tel projet : En 2003, les autorités égyptiennes ont décidé de mettre en réserve le lagon de « Ras Samadaï» un autre site exceptionnel de rencontre aves les dauphins (beaucoup plus petit et à une heure de bateau de Marsa Alam). Il devenait lui aussi saturé. Selon moi, le plan de gestion qu’ils ont mis en place à cette époque a été un véritable fiasco.
En effet, vouloir protéger les dauphins en réduisant la liberté des gens (imposer le port d’un gilet de sauvetage et une zone restreinte de baignade) au lieu de limiter le nombre de personnes, pour ne pas diminuer les bénéfices (chaque visiteur devant payer une taxe à l’entrée du lagon) ne pouvait qu’anéantir ce pourquoi les gens venaient: Vivre un moment privilégié de nage avec des dauphins sauvages.
« Ras Samadaï » , communément appelé « Dolphin House », s’est ainsi transformé en une espèce de parc d’attraction sous couvert d’une protection animalière. Aujourd’hui les gens n’y vont presque plus car les règles mises en place ont fini par casser la spontanéité des rencontres. Ironie du sort, alors que ces mesures de protection étaient sensées apporter plus de tranquillité aux dauphins, ils n’y reviennent que rarement !

Suite à cette législation, j’ai choisi en 2003 d’arrêter les croisières sur «Samadaï » et j’ai eu l’occasion de découvrir le grand lagon de Sataya où aucun organisme « dauphin » ne venait encore à l’époque. De 2003 à 2011 Sataya était donc assez « disponible » malgré la venue progressive de nouveaux opérateurs spécialisés (d’abord le bateau Sea Dream (2005), puis Nooraya (2008), puis Sharky (2010). Et dès 2011 le lagon était déjà largement saturé par ces opérateurs. Fort de mon expérience sur place et des observations accumulées ailleurs dans le monde, j’avais déjà pensé à proposer un plan de gestion qui aurait pu à la fois protéger les dauphins et permettre l’établissement d’un projet éco-touristique générateur de richesses pour le pays. Je n’ai finalement pas souhaité le proposer aux autorités locales d’une part par crainte d’un autre « Samadaï » mais surtout, j’ai pu identifier que jusque maintenant, les dauphins «géraient » bien mieux que nous l’impact des nuisances humaines sur le lagon.

Il est difficile de s’en rendre compte, mais comme à Samadaï, outre la tranquillité des dauphins, ce qui précisément est à protéger à Sataya est la possibilité de pouvoir vivre quotidiennement des rencontres de qualité dans l’eau avec les dauphins ce qui en fait des lieux uniques et rares. Cette qualité de rencontre s’est peu à peu installée grâce à la liberté de mouvement des nageurs et des dauphins. Je peux même affirmer qu’à ce jour, malgré les comportements inappropriés de certains nageurs ou de certains zodiacs, malgré les périodes de sur-affluence, les rencontres avec les dauphins sont globalement meilleures que dans le passé. Bien entendu, plus l’approche est subtile, respectueuse et fine meilleures sont les rencontres.

Il sera donc périlleux, dans le cadre d’une réserve, de faire coïncider liberté de mouvement, règles de conduite, sécurité et protection des dauphins sans casser la spontanéité qui rend ces rencontres «magiques ». C’est l’enjeu! Ce sera un travail qui demandera beaucoup de finesse et de connaissances sur les comportements et les besoins de ces dauphins. Ce défi, à mon sens, passera avant tout par l’éducation et la formation des guides et des visiteurs.

Il semble donc que l’heure est venue de faire quelque chose. D’ailleurs, comme par synchronicité, les autorités gérant les parcs naturels en Egypte sont venues faire un sondage sur le bateau auprès des passagers des deux dernières croisières, en vue de la création d’un plan de gestion pour le site de Sataya. Je leur ai parlé de tout cela, et leur ai livré mes idées. J’ai proposé mon aide pour réaliser ce projet mais je n’ai eu aucune nouvelle depuis.

Qui sait ce qu’ils sont en train de préparer? Un autre Samadaï ou une réserve qui saura jongler entre protection et qualité de rencontres avec les dauphins? Une chose est sûre, les choses vont changer… Mais quand? L’année prochaine, dans 2 ans?

Dans l’attente de ce qui sera, je vous souhaite de magnifiques fêtes de fin d’année et une merveilleuse année 2018!

Frédéric Chotard

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