Témoignage de Marie-Laure Klingner – 4 novembre 2017 « Dauphins et Apnée delphinienne »

Fable des profondeurs delphinienne : « Rencontre au sommet »

Il regarde au loin. Dans un nuancier de gris les montagnes se dessinent comme les
courbes d’une femme dans la douceur du petit matin. Il se surprend à Imaginer un
monde en paix au coeur de son tourment.
Un ours philosophe, on aura tout vu !
Pourtant c’est comme s’il donnait accès à Des lumières et des ombres dans la magie de
ses profondeurs, comme l’ambiguïté de la vie entre ciel et terre.
Après une grande inspiration, comme un mantra qu’on se répète pour en imprimer le
sens, il lâche : « Je laisse glisser mes soucis comme les nuages dans le ciel, pour Avancer
chaque jour un peu plus près de mes rêves ».
Il reprend la lecture d’un petit carnet extirpé de sa poche et poursuit à voix haute :
« J’oublie que tu es venue et que je suis parti. J’oublie mon âme sur le rivage des jours et le
coquillage à mon oreille. J’oublie d’écouter la mer, parfois, mais toujours la mer me
rattrape tendrement. »
En lisant ces mots, le niveau d’eau monte jusqu’au bord de ses paupières. L’émotion ! Ah
non ! Refoulée ! Recalée ! Hop ! Au placard ! Non mais, c’est qui l’patron ?
Il contient, vire à l’écarlate. Il tient bon, bientôt en grand écart sur la crête. Il résiste en
bon ours mal léché, tête de mule par protection pas par fierté.
Ses paupières finissent par se trémousser de trop d’embonpoint.
Là où il y a la vie il y a l’amour… Et ni l’eau, ni la vie ne se maitrisent. A t-on déjà vu
fonctionner une usine marée motrice drainant les émotions ? Une écluse régulant
l’éparpillage des semences à sentiments ?
Existe-t-il un régulateur de vitesse pour autoroute sensorielle ?
Evidemment, non !
La première larme ruissèle, ouvre la voie aux autres. Explosion du barrage-mirage !
Démolition de la tour de contrôle !
Le goût de l’eau salée sur ses lèvres le transporte immédiatement dans le monde sousmarin.
Doucement son regard tombe dans l’eau. Ploc. S’accroche à l’algue rose flouuuue. Se
rejette vers le poisson jaune à rayures bleues. Pfuitt. La nature jaillit hors de cette réalité. Il
repart en voyage. En fermant les yeux il replonge sous l’eau en quête de cette sérénité
ressentie dans un accord de corps à l’unisson.
C’était une dizaine d’hiver auparavant. Un jour de pluie et de vent. Il a démissionné dans
la journée. Son corps est resté encore quelques mois dans une boite à gagner sa vie en
perdant son temps. Un peu coincé dans un bocal dont ses idées avaient fendu la paroi de
verre, vers un vrai open space, vers sa vraie mission.
La patience, en amie fidèle l’a tenu. Lui, le butineur de miel, il s’est appliqué à la
détermination, une boussole orientée vers la Mer Rouge et la vision d’une danse sur le
pont d’une goélette, vers Quatre directions : la fluidité, l’harmonie, la paix et la joie.
Il a cherché, senti, parfois écouté.
Et il a plongé, ici et là, partageant toutes les merveilles de sa connaissance et sa bonté
envers l’humain pour Réussir à être détendu, à profiter pleinement de l’instant présent.
Moment après moment et ainsi descendre tout doucement, le long d’un filin comme le long
de la vie en pleine confiance, complètement relâché…
En écoutant le chant des dauphins l’âme s’ouvre et accueille ce beau cadeau qu’ils nous
font de partager un peu de leur univers et mystère… Il revient doucement à lui et au
présent :
Pour déplier ses rides, il se frotte le visage avec vigueur, comme on craque une
allumette. Comme un souffle vif, qui a son tour éteint l’étincelle soufrée une fois le feu
réanimé. Ce souffle toujours présent, qui lui permet d’être en vie.
Il s’encourage :
« Si nous y sommes encore plus présent le souffle devient magique pour la vie. Le souffle
des dauphins nous inspire ! Ce même souffle qui insuffle l’apnée et souffle de nouvelles idées
tandis que Le bleu donne une sensation d’infini. »
Voilà la recette de la pâte à pain au sel de mer : celle qu’on pétrit généreusement pour
modeler sa vie !
S’il était plus sociable, il tenterait une carrière à Science PO-urs, tant sa verve l’anime !
Pour le sortir définitivement de l’éther, une ombre passe sur le sentier. Une ombre
furtive. Un rictus malicieux lui déforme le visage* : « Allons bon, évidemment une
vision ! ».
L’ombre repasse, plus nette, plus longtemps, entre deux rochers couverts de mousse.
Il se redresse, le doute n’est plus habitable. Il s’avance doucement.
Doucement, comme vers les dauphins, dans cette fluidité ondulatoire, dans le souvenir de
cette synchronicité entre humains. En quête, enquête.
Il s’arrête et prend le flamboyant roux de l’animal en pleine tête : Dans son regard
tendre et doux de renard : le dauphin !
Le moment est suspendu. Comme un air de déjà lu…C’est le petit prince qu’on revisite ?
Il se risque : « T’es apprivoisé toi déjà ? »
Le renard incline la tête vers la droite et vient s’installer à sa gauche mais ne parle pas.
L’ours ose : « Tu connaitrais pas une rose ? »
A ces mots, les névés environnant se mirent à fondre, découvrant un tapis pastel fleuri.
Les nuances poivre et sel cédèrent la place aux teintes du désert brûlant d’Egypte, vers
une oasis de beauté, un coeur en pleine mer Rouge, où attendait tout l’émerveillement du
monde.
Un rêve éveillé, un rêve delphinien !
Dans la vallée, Ours et Renard côte à côte, écoutent Résonner des rires perçus au coeur
de la nuit sur la Mer rouge.
En connexion à distance, en Wild-fi illimité** , les dauphins se réjouissent de voir revenir
bientôt les auteurs de ses rires et qui sait, entre temps, la rose, à force de vent se sera
éclose.
Notes de l’auteur :
* Sourire à la manière d’un petit dauphin n’est pas anodin (pour un ours.)
** Néologisme admissible au prochain P’tit Robert.

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